LA CHASSE À L’AIR

Énervé par les étourneaux qui pillent les arbres fruitiers, horripilé par les rongeurs qui grignotent les réserves, on peut être tenté de sortir la carabine à air comprimé et se soulager par quelques tirs de plomb défoulatoires. Bien mal nous en prendrait, cependant, car les armes à air doivent être réservées pour le tir sportif ou de loisir sur cibles. (Non, les rats ne sont pas des cibles !)

                                                                         Une interdiction récemment durcie

Applicable depuis le 6 septembre 2013, la nouvelle législation française en matière d’armes stipule que les armes à air ou à gaz comprimé, classées en catégorie D (dite auparavant 7e catégorie) sont interdites pour la chasse et la régulation. Pratiquer la chasse au moyen de ces armes peut donc être assimilé à du braconnage.


Depuis cette nouvelle loi, le port et le transport des armes des catégories C et D sont devenus interdits « sauf motif légitime ». La chasse étant prohibée avec ce type d’armes, la seule raison valable de transporter une carabine à air comprimé devient l’entraînement en club de tir. Se faire pincer avec une telle carabine, réputée « relativement dangereuse », dans sa voiture peut donc désormais entraîner sa confiscation sur simple décision administrative…


En ce qui concerne la puissance au-dessus de laquelle ces carabines seront soumises à contrôle, la loi s’est a contrario assouplie. Auparavant, la limite était fixée à 10 joules. Depuis septembre, ce sont les carabines à air de moins de 20 joules qui sont en vente libre pour les plus de 18 ans. Au-delà, l’acheteur doit présenter, lors de l’acquisition de l’arme, un permis de chasse valide pour la campagne en cours ou une licence de tir. (Étrange, tout de même, d’exiger un permis de chasse pour la délivrance d’une arme… interdite à la chasse !)


Les titulaires de ce permis seront en tout cas bien avisés d’employer plutôt, pour la destruction des petits nuisible, une carabine de jardin. Contre les rongeurs, rien ne vaut les pièges et les appâts empoisonnés. Contre le plus lourd des nuisibles, à savoir le sanglier, une bonne vraie carabine de chasse reste plus sûre… pour le chasseur! Quant au renard, à la fouine, à la martre… ils risqueraient de n’être que blessés par le plomb, et non tués sur le coup. C’est bien la raison pour laquelle l’éthique réprouve les carabines à plomb pour cet usage.


                                                                             Aux USA, on a le droit

Aux Etats-Unis, la carabine à air comprimé est autorisée pour la chasse, et cette chasse ne concerne pas seulement la destruction des nuisibles mais, en règle générale, tout le gibier de petite taille. Bien entendu, il ne s’agit pas des petits modèles de carabines qu’on utilise, adolescent, pour s’amuser.


Les chasseurs américains sont équipés « d’airguns » puissants. Ceux-ci peuvent tirer, à une vitesse initiale de l’ordre de 700 à 800 mètres par secondes, de redoutables plombs de 6,35 à tête d’acier et quantité d’autres projectiles pour l’air comprimé, bien longs et lourds, à pénétration particulièrement efficace. Certains de ces plombs ont l’apparence des balles Minié dont on chargeait les carabines à poudre noire, avec une densité de section importante.

Peu véloces et sans effet de choc, ces munitions sont en revanche capables de traverser l’animal de part en part. Il existe également des munitions pour air comprimé à tête de cuivre. Elles consistent en un plomb .177 hollow point dans lequel s’insère une bille de cuivre. Selon le bon vieux principe de la charge creuse (vieux soldats, vous vous reconnaitrez), quand le plomb s’arrête dans le cuir de l’animal, la bille poursuit sa course dans les chairs. À 100 mètres, un tel projectile se révèle aisément létale par hémorragie ou par atteinte du système nerveux central.


Aux Etats-Unis, nombre de manufactures d'armes proposent des carabines à air comprimé en calibre 9mm/.38, .44 ou .50 et la loi stipule que l’arme doit tirer, au minimum, à 1 000 pps. Chargée d’un plomb à tête de cuivre, une telle carabine dépasse sans souci les performances d’une .22. Autant dire qu’il est préférable que ces armes restent entre les mains de tireurs expérimentés !

 

 



Pour acquérir une telle carabine, nous sommes toujours chez l’oncle sam, il faut impérativement être titulaire d'un permis de port d'arme en règle. Cette loi est censée garantir une certaine conscience chez ces chasseurs, dont on espère qu’ils s’attacheront à tuer humainement et à ne pas blesser inutilement.

                                                                        Des cow-boys aux ruses d’Indiens

Outre les papiers et la maturité, la chasse à l’air comprimé exige plus d'adresse au tir que celle à l’arme d'épaule classique. Comme la chasse à l'arc, il s’agit avant tout de techniques d’approche. Même si le chasseur se voit favorisé par le silence de ces armes au déclenchement discret, il est évident que le moindre branchage écrasé sous le pied peut alerter l’oreille fine d’un habitant des bois. Il faut s’avancer, tout près du gibier. Et même si elle ne s’enfuit pas, lorsqu’on croise le regard doux de la biche, lorsqu’on entend son souffle paisible, on n’a plus toujours le cœur à appuyer sur la détente !


En tout cas, si l’on en croit le témoignage de nos amis chasseurs américains, le plaisir de l’approche et l’adrénaline déversée dans le sang durant la chasse à l’air sont décuplés par rapport à la chasse pratiquée avec des armes plus traditionnelles.


Patience, discrétion de Sioux, le chasseur à la carabine à air comprimé doit en outre se montrer particulièrement concentré lorsqu’il tire. Il n’a droit qu’à un coup. Il lui faudra s’éloigner pour recharger à l’écart et cela se fera au risque de signaler sa présence au gibier, ou le perdre de vue.
Davantage de sport et d’émotion, d’exigence aussi… on comprend que la chasse à air comprimé ait ses adeptes au pays des armes libres.


Et cependant, durant la Guerre de Sécession, celui qui était pris avec une arme à air était aussitôt passé par les armes… À feu !